"Fab' ?"
"Fab'..."
Je dis ça mais en même temps je sens bien que ma voiX résonne au fond de ma gorge. J'ai conscience de moi-même, en tout point. Je suis puissant. Pour moi-même. Je peuX à la fois bouger mon doigt de pied, aussi bien que cligner des yeuX. Mais pourtant, je suis incapable de faire parvenir ce son jusqu'à son oreille. Assis, les pieds dans le vide, les fesses sur un rocher. Face à un soleil rougissant, à moitié caché par des nuages fins et allongés horizontalement, je suis là en tout point. J'eXiste...
"Hé, Fab'...?"
Il y a un peu de vent. Je le sais pasqu'on peut voir sur le fleuve des petits moutons. Pourtant je ne le sens pas. Puis je me dis qu'il faudrait peut-être que je tourne ma tête. Voir que je me lève. Après tout ça va faire quoi, au moins 5 minutes que mes jambes sont ankylosées maintenant ? Mais je me sens juste bien. Là. Maintenant.
"...Fab'..."
Encore une tentative râtée. Allé, je me râcle la gorge, les vibrations sortiront peut-être mieuX de ma barbe ineXistante. Et puis le soleil descend et il commence à faire frais et sombre. Le orange devient rose. Puis le rose disparaît. Le ciel devient bleu violet. Puis le noir apparaît.
Je décroise mes bras lentement et les pose sur le rocher pour me relever au ralenti. Impossible : c'est comme s'ils passaient à travers. Comme une masse, je me retrouve allongé sur le dos face au ciel en noir et blanc, je me fais aspirer à chaque seconde par ce rocher, mais sans jamais bouger.
"FABIEN !"
Même si pour le moment j'ai plus l'impression de partir vers le centre de la terre, je me demande ce qu'il se passerait si soudain l'effet de la gravité terrestre s'arrêtait. Resterait-on tous juste sur place, figés. Comme glacés. Ou bien chuterions-nous vers ce ciel noir de jais sans pouvoir s'accrocher à quoi que ce soit, et sans jamais s'écraser contre quelque chose. Une chute libre à l'envers. Vers le nuages. Et pourtant je m'enfonce sur ce rocher. Et pourtant le noir éclaircit mes pensées. Mes doigts de pied sont figés et froids, et mes paupières se referment. Je me sens juste bien. Là. Maintenant.
"..."
Puis c'est le noir. Ou le blanc. Et dans un désordre empli d'effroi, je deviens spéctateur de moi-même. Je l'entends arriver derrière moi. "Fab' ?"Clic. "Fab'..." Puis je vois le trou au niveau de mon sternum associé à sa chaleur intense. Mes yeuX s'emplissent de larmes. On voit dans ceuX-ci le reflet du soleil à l'horizon. "Hé, Fab'...?" Mes poils se hérissent. Tout va très vite. Les gèrbes de sang jaillissent du plus profond de moi-même. J'étouffe un "...Fab'..." et entends un révolver heurter le sol. Au ralenti, à la renverse, ma tête rebondissant contre ce même sol horriblement dûr. Mon visage se décompose. Mes yeuX se ferment et la silhouette s'éloigne. Je sens son odeur partir avec mes pensées. Je hurle dans ma tête. Je ne veuX pas qu'on me laisse. Je ne supporte pas la solitude. Même si tout est trop dûr pour tout le monde, c'est pas grâve, je suis prêt à faire un caprice. Juste pour une seconde d'éternité supplémentaire. Avec lui. Là. Maintenant. Je brûle, ne m'abandonne pas.
J'étais puissant.